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Le film « L'homme qui répare les femmes » projeté en avant-première à Paris

Écrit par Robert Kongo, correspondant en France. Publié dans Online Dépêches



 
Le film « L’homme qui répare les femmes » avec pour sous-titre « La colère d’Hyppocrate », consacré au célèbre gynécologue congolais, Denis Mukwege, a été projeté en avant-première à Paris (France), le 31 mars 2015.


La projection a été réalisée en présence de Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie, d' Isabel Tshombe, Représentante personnelle du chef de l'Etat congolais à la Francophonie, de l'ambassadeur de la RD Congo en France, Ileka Atoki, du médecin-chirurgien ainsi que des auteurs du documentaire, le réalisateur Thierry Michel, et la journaliste Colette Braeckman.

C’est indéniablement l’un des documentaires chocs de l’année 2015. Le réalisateur Thierry Michel et la journaliste Colette Braeckman viennent de signer un film touchant par sa justesse, l’intelligence de son propos, la force de ses témoignages, mais aussi la beauté de ses images.

« L’homme qui répare les femmes » raconte une histoire de drames et de résilience face à la barbarie, mais aussi une leçon de vie incarnée par un homme, le Dr Denis Mukwege, chirurgien et gynécologue congolais, pressenti deux fois pour le prix Nobel de la Paix et récompensé par le « prix Sakharov pour la liberté de l’esprit ».

« Chaque femme violée, je l’identifie à ma femme. Chaque mère violée, je l’identifie à ma mère, et chaque enfant violé, je l’identifie à mes enfants », déclarait-il en recevant ce prix  l’an dernier au Parlement européen  à Strasbourg (France).

L’action du Dr Mukwege et les témoignages de ses patientes sont au centre du film, dont le décor principal est l’hôpital de Panzi, dans la banlieue de Bukavu, la capitale de la province du Sud-Kivu, frontalière du Rwanda.

C’est depuis 1999 que le médecin-chirurgien le plus célèbre d’Afrique s’attèle à « réparer » des femmes victimes de viols de tous âges et à les soutenir psychologiquement.

Depuis sa création, son hôpital a soigné plus de 40.000 femmes violées. D’après le Dr Mukwege, 500.000 femmes ont été violées en RDC en l’espace de 16 ans. Un chiffre vertigineux dont il se désole qu’il ne mobilise pas davantage la communauté internationale, dont il qualifie l'indifférence de « complicité coupable ».

« BOULEVERSANT ET POIGNANT »

Dans ce coin de la RDC, au Sud-Kivu, une région riche et convoitée où des groupes armés s’affrontent depuis 20 ans (rebelles hutus et combattants Maï-Maï, soldats rwandais et forces gouvernementales, le M23…), les femmes sont les premières victimes et le viol est devenu une arme de guerre.

Adolescentes, jeunes mères, parfois grands-mères, elles ont été violées par des militaires, hommes sans foi ni loi, incapables de ne rien respecter, déterminés à tout détruire y compris le genre humain.

Les petites filles mutilées, les femmes enceintes éventrées, vagins déchiquetés, clitoris coupé… Affolant!

Le réalisateur Thierry Michel a su les filmer avec respect et pudeur, écouter les silences, les regards perdus... Le plus souvent à visage découvert, elles racontent toutes la même histoire, le jour où leur vie a basculé. Elles évoquent toutes la barbarie collective des militaires, puis la honte indélébile, le rejet de la famille et de la communauté.

Comme l’explique le Dr Denis Mukwege, « le viol est une agression physique mais aussi mentale, entraînant chez les victimes une véritable perte d’identité ». Commis à grande échelle, ces crimes détruisent les femmes mais aussi le tissu social et sa cohésion. Sans oublier les dégâts que causent les maladies sexuellement transmissibles…

« Ce film est vraiment bouleversant et ce phénomène, qui ne concerne pas seulement  la RDC mais tous les autres pays du monde, doit nous interpeller tous », a fait remarquer  Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie.

Isabel Tshombe, Représentante personnelle du président de la RDC à la Francophonie, a qualifié de « poignant » le film auquel elle venait d'assister, décriant la situation dont les femmes sont victimes à l'Est de la RDC.

Le documentaire dénonce ainsi l'impunité des auteurs de viols, militaires ou ex-rebelles, qui occupent parfois des postes importants.

« Il faut tuer 1.000 personnes pour devenir Général au Congo », affirme un prêtre congolais interrogé par Thierry Michel.

Pour le Dr Mukwege, « la justice n'est pas négociable ». Raison pour laquelle les auteurs des atrocités commises au Congo doivent être arrêtés et traduits devant la justice afin de répondre de leurs actes.

UN DRAME INCOMMENSURABLE

Face à la caméra, le Dr Denis Mukwege décrypte comment le viol, « une véritable stratégie de guerre », détruit les femmes : « leurs vagins sont devenus des champs de bataille ».

Le cas le plus bouleversant qu'il a vu est celui d'une petite fille de 21 mois. Violée. Le vagin complètement détruit. Quand elle est arrivée à l'hôpital, elle criait dès qu'elle voyait un homme s'approcher. Elle refusait qu'on l'examine.

Il a aussi vu les femmes violées qu'il a soignées il y a 10 ans revenir le voir à l'hôpital une deuxième fois. Cette fois-ci, avec leurs filles. Les mères violées à nouveau. Les filles, aussi. Un drame incommensurable.

« MUKWEGE, VOUS ETES NOTRE PAPA »

Pour avoir osé mener ce combat, le Dr Denis Mukwege a failli payer son engagement de sa vie. Le 25 octobre 2012, cinq hommes armés s’introduisent chez lui et braquent un fusil sur sa tempe.

Il ne doit la vie sauve qu’à l’un de ses domestiques qui s’est héroïquement sacrifié en mettant en fuite les agresseurs. C’était le sixième attentat dont il était victime. Il s’exile alors quelques mois en Belgique.

Le documentaire montre d’ailleurs une séquence de son retour au pays natal. Le Médecin Directeur général de l'hôpital de Panzi est accueilli comme un messie par une foule en liesse. Les femmes chantaient son nom et ses bienfaits : « Mukwege, vous êtes notre papa ».

Le documentaire de Thierry Michel et Colette Braeckman –extrêmement pudique – traite le sujet de viol avec une grande sensibilité, sans jamais tomber dans le pathos.

Même si ce film reste centré autour de la personnalité de Denis Mukwege, le médecin ne se met jamais en valeur. Bien au contraire, il se dit « gâté » par la vie face à ces « femmes fortes », capables de prendre en charge un enfant qu’elles n’ont pas désiré.

A travers son action, le Dr Denis Mukwege  apporte  une nouvelle vision et une nouvelle façon de faire. Pour cela, il est devenu une référence dans le monde entier grâce à son dévouement et son engagement envers ces femmes dont l’avenir paraît si sombre.

La projection du film a été suivie d’une séance de questions aux deux auteurs, Thierry Michel et Colette Braeckman ainsi  qu' au Dr Denis Mukwege, qui ont remercié l'assistance venue nombreuse à cette avant-première.

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