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L’émigration de la jeunesse africaine : un problème lancinant

Écrit par Jean-Pierre Kambila Kankwende wa Mpunga, analyste politique le . Publié dans Online Dépêches

Deux sujets d'actualité sont venus brutalement remettre sur nos consciences le lancinant problème de l'émigration de la jeunesse africaine.


Il y a eu d'abord les troubles sud-africains que la presse a expliqués par une montée du sentiment xénophobe dans la société sud-africaine. Ces tristes nouvelles ont été suivies par la tragédie qui a entraîné la mort de plusieurs centaines d'émigrants en Mer Méditerranée entre la Libye et l'Italie.

Les puissances européennes se sont réunies pour analyser la problématique et trouver des éventuelles solutions. Plusieurs d'entre nous se demandent ce que font les dirigeants africains puisque, autant en Mer Méditerranéen qu'en Afrique du Sud, beaucoup de jeunes africains y ont perdu la vie.

Impuissance

Le silence de l'Union Africaine, l'absence de prise de position des dirigeants africains donnent l'impression d'une indifférence alors qu'en fait, il s'agit d'une impuissance. Ce n'est pas que les dirigeants africains ne veulent rien faire, c’est qu'ils ne peuvent pas grand-chose à court terme.

Les mouvements des populations entre les pays et les continents répondent à une logique naturelle et ayant toujours existé. Depuis que le monde est monde, les hommes ont toujours circulé, allant d'un coin à un autre à la recherche de ce qu'ils pensent être leur bonheur.

Aucune frontière au monde, aucune décision politique, aucune agressivité n'est jamais parvenu à arrêter définitivement les mouvements migratoires. A l'époque actuelle, les populations de certains pays, dont les Etats-Unis d'Amérique, sont composées majoritairement de populations d'origine étrangère.

Est-ce à dire que les élites des pays africains, dont les enfants meurent en Mer Méditerranée ou sont agressés en Afrique du Sud, n'ont rien à faire sauf à constater leur impuissance? Il est vrai que les pays, qui inspirent confiance à leur jeunesse, voient peu de leurs enfants quitter la chère patrie pour d'autres cieux.

Nous avons donc le devoir non pas de nous interroger mais plutôt de chercher les moyens de donner à notre jeunesse des raisons de rester sur la terre de leurs ancêtres.

Il faut cependant reconnaître qu'on ne peut pas arrêter ce genre de mouvement migratoire de masse avec des décisions conjoncturelles. Ce qui explique les migrations actuelles de la jeunesse africaine relève des structures de l'économie mondiale. Je veux exprimer par-là, la manière dont ces économies sont organisées les unes face aux autres.

Face à l'Afrique, producteur des matières premières, c'est l'Europe et l'Amérique qui représentent les usines qui transforment ces matières en biens de diverses natures. Tous les économistes savent que, dans le processus allant de l'extraction de la matière première jusqu'à la distribution des biens en passant par la production, l'essentiel de la plus-value est généré aux étapes de l'industrialisation et de la commercialisation. Et c'est au départ de cette plus-value que se créent les emplois les mieux rémunérés.

Réorganiser différemment notre économie

On ne peut rêver de modifier cette structure dans un bref délai. La Chine populaire, qui a pu modifier cette structure en sa faveur par rapport aux pays industrialisés du Nord, a mis environ 30 ans pour entamer le processus de modification de la structure de ses échanges avec le monde occidental développé.

Pour inverser la tendance, et retenir les enfants chez nous, l'Afrique n'a pas une autre voie. Nous devons penser à réorganiser différemment notre économie pour la placer dans une fonction autre que celle de fournisseurs des matières premières et de consommateurs des produits finis venant d'outre-mer.

Pour que notre économie soit en mesure d'occuper notre jeunesse, nous devons élargir notre consommation intérieure et gagner des énormes parts des marchés sur le plan international. Or, il est évident que pareille restructuration ne peut s'opérer à court terme. L'essentiel est donc de commencer dès maintenant à progressivement reconfigurer nos économies.

Nos pleurs, nos révoltes et nos revendications ne changeront absolument rien face à l'émigration de masse. Les solutions se trouvent dans ce que nous avons appelé en RDC « la Révolution de la Modernité)}, cet effort profond et de longue haleine pour modifier notre place sur l'échiquier des échanges internationales.

Cette bataille devrait commencer par une réflexion sur nos mentalités, et une totale remise en question de nos façons d'éduquer, d'instruire et de former notre jeunesse.

C'est là, la voie pour retenir nos enfants chez nous.

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