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Faux billets sortis de la BCC : des sanctions tombent, mais la confiance est ébranlée

Écrit par Faustin K.. Publié dans A la Une

A la suite de la mise en circulation de fausses coupures de 5 000, 10 000 et 20 000 Fc, la Banque centrale du Congo a entamé une purge en interne. Des têtes commencent déjà à tomber, dont celles du directeur général de l’Hôtel de monnaie, de son directeur technique et du responsable de la sécurité, confirment des milieux proches de la haute direction de l’Institut d’émission. Mais dans l’opinion, on craint que cette action ne s’accommode d’un simple règlement des comptes, pendant que les vrais coupables seront épargnés. Mais, au-delà de cette purge, la BCC aura du mal à rétablir un élément important de la monnaie : la confiance.

A la Banque centrale du Congo, un travail de nettoyage a été lancé à la suite de la mise en circulation de faux billets de 5 000, 10 000 et 20 000 Fc. Des sanctions ont été prises à l’encontre de certains responsables directement impliqués dans ces opérations. Des sources dignes de foi rapportent que le directeur général, le directeur technique et le responsable de sécurité de l’Hôtel de monnaie sont sous le coup d’une suspension, en attendant les conclusions de l’enquête en interne initiée par la haute direction de l’Institut d’émission.

Pour le moment, seul l’Hôtel de monnaie paie le prix de cette maladresse qui a fait que la Banque centrale du Congo mette en circulation au départ de ses guichets de fausses coupures de 5 000, 10 000 et 20 000 Fc. A ce niveau, aucun responsable de la Banque centrale du Congo n’a encore été visé. Ainsi, le directeur général de la trésorerie, censé servir de pont entre l’Hôtel de monnaie, l’imprimeur de l’Institut d’émission, est soigneusement épargné. Pas de sanction visant le gouverneur de la Banque centrale du Congo, n°1 de l’Institut d’émission.

Dans l’opinion, on craint que les opérations de nettoyage entamées par la haute direction de la BCC ne se transforment en une chasse à l’homme, à la recherche du bouc-émissaire pour lui faire porter le chapeau de cet incident. Les mêmes sources renseignent que les responsables suspendus au niveau de l’Hôtel de monnaie ont été directement remplacés par des intérimaires qui, malheureusement, affichent une même appartenance provinciale. Suspect !

Quoi qu’il en soit, la Banque centrale du Congo a perdu un précieux élément dans son rôle d’autorité monétaire de la RDC. C’est la confiance en la monnaie nationale, le franc congolais. Remonter la pente ne sera pas chose facile. La Banque centrale est obligée de réaliser un grand travail de communication pour rétablir cette confiance totalement entamée.

Dans un article presque prémonitoire publié en décembre 2011 dans la revue Congo-Afrique sous le titre « Pouvoir et argent : la crise de la monnaie revisitée en RD Congo », les professeurs Tshiunza Mbiye et Kabuya Kalala se sont longuement attardés sur la confiance, élément par lequel la monnaie tire toute sa substance. Leur conclusion nous replonge encore dans les méandres de l’institution en charge de la monnaie en RDC, c’est-à-dire la Banque centrale du Congo.

« Sauver la monnaie, comme système, disent-ils, est une question essentiellement de choix entre le fait de renoncer à la souveraineté monétaire – comme c’est le cas des membres d’une zone monétaire – et l’adhésion à des règles de saine gestion monétaire, discipline qui n’a été obtenue par moment, en RDC, que sous le contrôle des institutions extranationales. En liant les mains des autorités monétaires par des règles de gestion stricte, il est possible de préserver la stabilité monétaire, gage de confiance à la longue dans le système institutionnel de la monnaie ».

 

La portée de la confiance

Dans la section consacrée à la portée de la confiance dans l’acceptation d’une monnaie, les professeurs note que « c’est autour de la confiance que se dessinent les règles informelles qui fondent le jeu monétaire. L'expression bien connue de +monnaie fiduciaire+ indique ce lien entre la confiance et la monnaie. La confiance dans la monnaie a été très peu étudiée par les économistes ». « Il est cependant des cas, poursuivent-ils, où la confiance laisse la place à une certaine méfiance, voire, à un certain rejet ouvrant ainsi la voie à une crise plus ou moins durable de la monnaie et du système qui l'émet ».

La confiance comporte deux dimensions, une dimension sociale et une dimension économique. Elle repose sur la réputation et la crédibilité. Examinons rapidement le sens de ces deux termes.

S'agissant de la confiance dans la monnaie, « elle se nourrit à des sources multiples : les pratiques quotidiennes, la vigilance des autorités de régulation, mais également le projet de société qui est proposé aux citoyens. La confiance est perceptible concrètement aux niveaux hiérarchique, méthodique et éthique ».

La « confiance hiérarchique » est directement liée à l'autorité, l'Etat en général, et la Banque centrale, en particulier. Cette confiance est rendue présente par les gestes de protection de l'autorité monétaire à l'endroit du système de paiement. La « confiance méthodique » résulte de la répétition réussie des transactions monétaires quotidiennes. Quant à la « confiance éthique », elle procède de l'adhésion sociale à la monnaie comme un « bien collectif » dont l'utilité s'accroît avec le nombre de gens qui l'utilisent. Mais, c'est un bien collectif assez spécial puisque son coût de détention - représenté par la taxe d'inflation - s'impose à tous les utilisateurs. Gérer la monnaie dans l'intérêt général, c'est donc en préserver la valeur d'usage.

L'érosion de la confiance dans toutes ses dimensions a constitué l'élément moteur de la crise de la monnaie au Congo. La confiance hiérarchique a été insidieusement entamée par le sevrage ou le faible accès des banques commerciales à la monnaie émise par la Banque centrale, qui constitue le socle même de tout système de paiement.

La confiance éthique est la plus importante des trois niveaux de confiance, car c'est elle qui peut borner l'action de l'autorité politique sur la monnaie. Hélas! Cette confiance fut à son tour irrémédiablement entamée du fait de l'expansion fulgurante de la masse monétaire, impulsée essentiellement par le financement des déficits publics. Par conséquent, la valeur de la monnaie nationale s'effondra avec l'éclatement subséquent de l'hyperinflation.

 

Aujourd’hui, avec la crise qui est née de la mise en circulation de faux billets de 5 000, 10 000 et 20 000 Fc, la BCC a un défi à relever : rétablir cette confiance perdue. Comment s’y prendre ? Difficile à dire. Les dirigeants actuels de la BCC ont du pain sur la planche. Sanctionner comme c’est le cas, c’est bien beau. Mais, entre-temps, c’est la confiance en la monnaie nationale qui a pris un sérieux coup. 

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