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Katumbi en Zambie : Kinshasa s’agite

Écrit par Le Potentiel. Publié dans A la Une

Partisan du discours souverainiste, Kinshasa a franchi le Rubicon en rappelant le gouvernement zambien à l’ordre pour avoir accueilli sur son sol le candidat à la prochaine élection présidentielle, Moïse Katumbi Chapwe. C’est l’ambassadeur de la RDC en Zambie qui s’est chargé de cette besogne. Dans sa réponse, Lusaka a presque renvoyé Kinshasa à l’abc de la diplomatie et rappelé à son voisin le principe de la libre circulation des personnes en règle avec les lois en matière de migration. L’arroseur arrosé !

Moïse Katumbi Chapwe fait peur. La répulsion du pouvoir en place à l’endroit de l’homme qui s’est déclaré candidat à la prochaine présidentielle est telle qu’il a suffi d’un passage-éclair du président du TP Mazembe la semaine dernière en Zambie pour que Kinshasa rentre en transe. Jamais dans la diplomatie moderne, on a connu pareille situation, c’est-à-dire celle d’un Etat qui fait usage des canaux diplomatiques pour protester contre la présence dans un pays voisin d’un citoyen en règle avec les lois de migration du pays d’accueil.

Kinshasa l’a fait en protestant vigoureusement auprès du gouvernement zambien contre la présence sur son sol de Moïse Katumbi. Kinshasa est en train d’inventer la diplomatie. Celle de la frustration qui s’écarte fondamentalement des pratiques habituelles dans les relations entre les Etats.

Dans la ville, les rumeurs enflaient dans ce sens. Finalement, on en a eu la confirmation par l’existence d’une lettre de protestation que l’ambassadeur de la RDC en Zambie a adressée, au nom de la RDC, au gouvernement d’Edgar Lungu, président de la Zambie, pour protester contre la présence au pays de Kenneth Kaunda de Moïse Katumbi. En effet, le seul péché commis par la Zambie – dans l’entendement de Kinshasa- est d’avoir accueilli sur son sol l’ancien gouverneur du Katanga.

L’on se rappelle que le 8 mars 2017, le jour où le monde célébrait la journée internationale de la femme, Moïse Katumbi a été aperçu au stade de Lusaka lors du match qui opposait la Zambie à l’Afrique du Sud dans le cadre de la CAN U-20.

Pour Kinshasa, comme Moïse Katumbi est déclaré persona non grata en RDC, il aurait souhaité qu’il subisse le même traitement en Zambie. Un non-sens que Lusaka n’a pas pu gober. 

Dans sa correspondance, l’ambassadeur de la RDC motive cette réaction au regard, dit-il, de « bonnes relations » entre les deux pays. A cet effet, il estime qu’« il est incompréhensible que la République de Zambie ait accordé un visa en faveur de M. Moïse Katumbi », s’est indigné l’ambassade de RDC en Zambie dans cette lettre datée du 9 mars, dont une copie circule sur la toile.

Dans ce document, du reste authentifié par Jeune Afrique, le diplomate congolais se perd en conjectures en faisant part au gouvernement zambien que la présence de Katumbi sur son sol est « susceptible de remettre en cause la paix, la stabilité et le bien-être du peuple congolais ». A quoi fait-il allusion ? Seul l’ambassadeur de la RDC en poste en Zambie en sait quelque chose. Mais, on comprend qu’indirectement, il accuse la Zambie de servir de base arrière à un plan de déstabilisation du territoire congolais. Ce qui, en matière diplomatique, pourrait être lourd de conséquences dans les rapports pourtant stables qui lient les deux voisins.

Pire, le diplomate congolais va plus loin en exigeant de la Zambie de lui fournir des explications sur « les motifs qui ont conduit à [son] arrivée de Moïse Katumbi » dans le pays. Encore un écart qui n’honore pas la diplomatie congolaise.

L’arroseur arrosé

Sans surprise, la réaction de Lusaka s’est faite dans des termes ne prêtant à aucune confusion. En clair, le gouvernement zambien a administré une belle leçon de diplomatie aux officiels congolais. « Rien ne nous interdit de délivrer de visa à un opposant étranger, fût-il poursuivi dans son pays, dès lors que sa culpabilité n’est pas établie », a déclaré à Jeune Afrique une source diplomatique zambienne.

C’est donc en « homme libre », jouissant pleinement de ses droits que Moïse Katumbi a été autorisé à séjourner dernièrement en Zambie. Que Kinshasa proteste, on voit mal en quoi la Zambie pouvait se plier à une décision de justice rendue sur le sol congolais qui n’a pas d’effet d’extraterritorialité bien au-delà des frontières de la RDC. Kinshasa a manqué de perspicacité en la matière. C’est le moins que l’on puisse dire. Il a étalé au grand jour ses faiblesses sur le plan diplomatique. Ce qui est normal lorsqu’au ministère des Affaires étrangères, l’on fait appel aux personnes moins aguerries pour représenter la RDC à l’étranger. Avec cette correspondance, c’est tout le pays qui est couvert de honte. C’est une souillure qui ne va pas s’effacer de sitôt.

Le chien aboie, la caravane passe

Dans l’entourage de Moïse Katumbi, on ne s’en émeut pas outre mesure. Le chien aboie, la caravane passe, dirait-on. Comme promis, Katumbi est bien décidé de continuer sa tournée dans la région pour porter haut la cause de la RDC. Après l’Occident où il est parvenu à mobiliser tous les partenaires extérieurs, c’est en Afrique que Katumbi entreprend son grand plaidoyer. Ce qui donne plus d’insomnie aux autorités de Kinshasa, au point de l’amener à une bourde diplomatique vis-à-vis d’un pays tiers. 

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