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Joseph Kabila reprend la main, mais ne rassure pas

Écrit par Afrikarabia/LP. Publié dans A la Une

Dans son discours à la nation, Joseph Kabila promet de nommer rapidement un nouveau Premier ministre, mais reste flou sur le financement et le calendrier des élections, sans lever les doutes sur ses intentions de vouloir rester au pouvoir.

 

En pleine crise politique et après l’échec des négociations entre la majorité et l’opposition sur le partage du pouvoir, le président Joseph Kabila s’est adressé aux deux chambres du parlement ce mercredi à Kinshasa. Un discours à la nation très attendu alors que l’impasse est totale, trois mois après l’accord du 31 décembre censé organiser la transition jusqu’aux élections de décembre 2017. Les blocages sont toujours nombreux, notamment sur la nomination du nouveau Premier ministre et du président du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA).

De guerre lasse, les évêques de la Cenco, qui assuraient les bons offices de la médiation, ont fini par jeter l’éponge et renvoyer la balle vers le principal responsable de la crise politique : le président Joseph Kabila lui-même.

Badibanga-bis

Devant le Congrès, le chef de l’Etat a tout de même tenté de faire avancer les deux points de blocage. Concernant la Primature, Joseph Kabila « invite le Rassemblement à surmonter ses querelles intestines et harmoniser les vues sur la liste des candidats Premier ministre » et promet un nouveau chef de l’exécutif sous 48 heures. Mais en exigeant une liste de prétendants, le président congolais valide une nouvelle fois les inquiétudes de l’opposition de voir nommer à la tête de l’exécutif une personnalité dissidente et malléable dont le principal objectif sera de diviser le Rassemblement, à l’image du très « transparent » Premier ministre Samy Badibanga qui doit prochainement démissionner.

L’UDPS Valentin Mubake, qui a été reçu par le président Kabila sans l’autorisation de son parti, a fait les frais de la suspicion généralisée qui règne au sein de l’opposition, puisqu’il a été immédiatement exclu après son entrevue à la présidence.

Pour semer un peu plus la confusion, une liste de 5 noms pour la Primature a été déposée par Joseph Olenghankoy, à la tête d’une aile dissidente du Rassemblement. Le patron des Fonus propose certes Félix Tshisekedi (candidat présenté par le Rassemblement mais qui ne semble pas convenir au chef de l’Etat), mais aussi Valentin Mubake, Bruno Tshibala, Raphaël Katebe Katoto et… Roger Lumbala (personnalité des plus controversées). Une liste de candidats que de nombreux observateurs qualifient déjà (en dehors de Félix Tshisekedi) de Badibanga-bis.

Des élections … mais quand ?

Concernant la tenue des prochaines élections dont la date a pourtant été négociée dans l’accord du 31 décembre, le discours à la nation du président Kabila apporte peu de certitude. Si le chef de l’Etat se veut rassurant en précisant que « les élections auront bel et bien lieu », aucune date n’est avancée. Joseph Kabila ajoute également à la confusion en déclarant que « tout sera mis en œuvre pour atteindre cet objectif, conformément au calendrier fixé par la Ceni ». Une précision étonnante puisque la date négociée dans l’accord de la Saint-Sylvestre fixe la prochaine présidentielle pour décembre 2017. Selon Joseph Kabila, la Commission électorale pourrait donc proposer un nouveau calendrier.

L’autre inquiétude est à chercher du côté du financement du processus électoral. Le président congolais a prévenu « qu’aucune ingérence étrangère ni dans (le) pilotage (des élections), moins encore dans son déroulement ne sera toléré. » Lorsque l’on sait que les caisses de l’Etat sont vides, que le coût estimé des élections est de 1,5 milliard de dollars et que le budget de la RDC est de 4,5 milliards de dollars… on peut fortement douter que le scrutin présidentiel se tienne dans les délais. Après tout, son discours à la nation n’a levé aucune des inquiétudes qui pèsent sur la crise politique au Congo. L’opposition accuse toujours le chef de l’Etat de vouloir retarder volontairement la tenue des élections afin d’organiser un référendum qui pourrait lui permettre de briguer un nouveau mandat, ce que lui interdit pour le moment la Constitution congolaise.

 

 

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