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Kabila nomme Bruno Tshibala

Écrit par Le Potentiel le . Publié dans A la Une

Encore une fois, c’est dans la dissidence de l’Udps que le chef de l’Etat, Joseph Kabila, est allé piocher le prochain Premier ministre. Comme avec Samy Badibanga à l’époque, il a jeté son dévolu sur Bruno Tshibala Nzenze, transfuge de l’Udps et du Rassemblement.

Comme promis, mercredi dernier lors de son adresse devant le Parlement réuni en Congrès, le chef de l’Etat a tenu sa promesse de nommer « impérativement » dans les prochaines 48 heures un nouveau Premier ministre.

En effet, c’est hier vendredi 7 avril dans la soirée que l’ordonnance présidentielle de nomination d’un nouveau Premier ministre est finalement tombée. Pour la succession de Samy Badibanga, qui a par ailleurs déposé le même jour sa lettre de démission, c’est sur un autre transfuge de l’Udps, en l’occurrence Bruno Tshibala Tshishimbi, que Joseph Kabila a finalement jeté son dévolu.

Depuis la mort du sphinx, le 1er février 2017 à Bruxelles, l’homme n’était plus le bienvenu dans les milieux de l’Udps. 

Proche d’Etienne Tshisekedi, de son vivant, Bruno Tshibala a pris ses distances, s’alignant derrière la dissidence du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement dont il a été d’ailleurs l’une des principales têtes d’affiche, à côté de Joseph Olenghankoy. Qu’est-ce qui a donc pu motiver ce choix ? Dans les grands cercles politiques, on tente de décrypter la décision du chef de l’Etat.

Qu’est-ce qui s’est donc passé ?

Loin d’être une surprise, la nomination de Bruno Tshibala était prévisible. On le sentait déjà venir. Après avoir mené la fronde au sein du Rassemblement, en se désolidarisant du duo Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi, Bruno Tshibala était en train de préparer calmement son terrain. En s’autoproclamant digne successeur d’Etienne Tshisekedi au sein du Rassemblement, dont il a été jusqu’à la mort d’Etienne Tshisekedi le porte-parole, Bruno Tshibala s’est mis dans les bonnes grâces de Joseph Kabila.

Dans l’entourage du chef de l’Etat, on le considère comme le moindre mal, comparé à Félix Tshisekedi. La famille politique du chef de l’Etat doit se frotter les mains.

Kabila déteste Félix Tshisekedi : la raison

Il ne faut pas perdre de mémoire l’incise que le chef de l’Etat a glissée mercredi dans son adresse devant le Parlement réuni en Congrès. En effet, Joseph Kabila a rappelé toutes les pré-négociations que son camp a menées discrètement avec l’Udps ; des pourparlers qui n’ont pas abouti par la faute de l’UDPS, se dit-on dans l’entourage du chef de l’Etat.

Joseph Kabila a pris le temps de circonscrire le contexte dans lequel il avait été amené à approcher l’Udps. Il s’est exprimé en ces termes : « Conformément à ce qui est devenu une tradition politique dans notre pays, J’ai levé l’option, depuis juin 2015, d’engager la classe politique et sociale de notre pays dans un dialogue, afin de dégager le consensus indispensable à l’organisation du troisième cycle électoral apaisé. Cette initiative faisait suite du reste, aux efforts entrepris  dans le même sens en 2012, lorsqu’à la recherche du consensus national en vue de défendre la patrie contre les pseudo-rébellions, j’avais convoqué les Concertations Nationales ayant permis de renforcer notre cohésion en tant que Nation et de soutenir, d’une seule voix, notre armée engagée dans les opérations de défense de la patrie.(…) Ce Forum, précédé lui-même du pré-dialogue entre la Majorité et l’UDPS, tenu dans plusieurs villes européennes, débouchera, à la Cité de l’Union Africaine, sur l’Accord du 18 octobre 2016, entre l’Opposition politique, la Société civile et la Majorité ».

Que retenir de ce passage ? En réalité, Joseph Kabila n’a jamais digéré l’échec des pré-négociations engagées avec l’Udps, qui, rappelle-t-on, étaient censées baliser la voie pour la nomination de Félix Tshisekedi à la Primature. Ces contacts ayant échoué, le chef de l’Etat n’est pas prêt à digérer la présence de Félix Tshisekedi à la Primature. Par rapport à Félix Tshisekedi, Joseph Kabila prend juste sa revanche en lui fermant systématiquement la porte de la Primature. Ce qui explique d’ailleurs la nomination de Bruno Tshibala comme solution de rechange à la Primature.

A dire vrai, dans l’entourage, on estime que Bruno Tshibala est mieux placé pour faire ombrage à Etienne Tshisekedi. Il a été de toutes les rencontres préliminaires avec le camp présidentiel. Et sa proximité avec feu le lider maximo est un atout que Joseph Kabila pense capitaliser.

Malheureusement, le divorce du tout nouveau premier ministre avec  la base de Limete risque de compliquer son travail à la Primature. Banni du siège de l’Udps à Limete où il a été déclaré persona non grata depuis sa fronde au Rassemblement, Bruno Tshibala aura fait, à l’instar de Samy Badibanga, un passage à vide à la tête du gouvernement.

Blanc bonnet, bonnet blanc

Entre Samy Badibanga et Bruno Tshibala, c’est blanc bonnet, bonnet blanc. Le premier ayant lamentablement échoué pendant ses 105 jours de fonction, on voit mal Brunon Tshibala réaliser un miracle. Sans doute, sa nomination au poste de Premier ministre traduit encore une fois la volonté de Joseph Kabila de gagner du temps en rendant de plus en plus hypothétique la tenue des élections que le peuple congolais attend de pied ferme et avec impatience.

Bruno Tshibala va échouer car, Birindwa à en son temps n’avait pas réussi à casser ni l’UDPS ni l’Opposition. Sauf que, pendant ce temps, la crise politique va s’amplifier jusqu’à rendre presque ingouvernable l’ensemble du pays. On est parti pour une longue période de tensions permanentes. Ce qui peut être évité par un sursaut de patriotisme comme l’a suggéré à son homologue congolais le chef de l’Etat guinéen et président en exercice de l’Union africaine, Alpha Condé.

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