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Les crédits provisoires s’arrêtent fin avril 2017 : Tshibala devant un feu rouge

Écrit par Faustin K.. Publié dans Economie

C’est avec des crédits provisoires adoptés à la sauvette en janvier dernier par les deux chambres du Parlement que l’ancien Premier ministre Samy Badibanga a passé tout son mandat à la Primature. Le successeur de Matata Ponyo a eu droit à quatre mois de crédits provisoires, censés expirer à cette fin du mois d’avril. En sera-t-il encore le cas pour Bruno Tshibala qui lui succède à ce poste ? En l’absence d’un budget de l’État, Tshibala entame son mandat avec un énorme handicap.

 

Les tractations politiques de 2016, sanctionnées le 18 octobre par la signature à la Cité de l’Union africaine d’un accord politique, ont eu un impact négatif sur les finances publiques. Dans les conditions d’un environnement politique qui avait vidé de tous ses pouvoirs le gouvernement Matata, ce dernier n’a pas été en mesure de défendre, devant le Parlement, le projet de budget de l’État pour l’exercice 2017.

La faute, c’est avant tout aux parlementaires, particulièrement les députés nationaux, qui avaient refusé de voir Matata Ponyo Mapon, Premier ministre en phase de démission, présenter et défendre le projet de loi des finances 2017. Ils ont malencontreusement porté un coup dur à la marche de l’État. Aujourd’hui, le pays paie le prix d’une décision politiquement irrationnelle.

Quatre mois de réanimation financière

Avec la nomination de Samy Badibanga en décembre 2016, la RDC s’est donc retrouvée devant un vide budgétaire au début de l’année 2017. Heureusement pour lui, il a dû faire recours à la disposition constitutionnelle qui prévoit des crédits provisoires en pareilles circonstances. Il s’est d’ailleurs vu accorder quatre mois de crédits provisoires, contre un seul mois comme le prévoit la Constitution. C’est au Sénat qu’a été apportée cette modification pour éviter à ce que le pays plonge dans un vide budgétaire.

On s’attendait à ce que Samy Badibanga présente en cette session ordinaire de mars un projet de budget pour l’année 2017. Mais, les circonstances politiques – tout aussi les mêmes qu’en 2016 – qui avaient empêché Matata de se soumettre au même exercice devant le Parlement, l’ont rattrapé. Comme Matata, Samy Badibanga part sans laisser un projet de loi des finances 2017 à l’État. Le pays va certainement en souffrir. Pour longtemps encore.

Avec Bruno Tshibala qui arrive au poste de Premier ministre, on craint que le nouveau locataire du n°5 de l’avenue Roi Baudouin se bute à la même difficulté. À moins d’un miracle, on le voit mal placer pour présenter un projet de budget de l’État avant le 15 juin 2017, fin prévue de la session parlementaire en cours.

Aurait-il encore recours aux crédits provisoires ? Sans doute. Il n’a pas d’issue. Le drame est que le pays risque de fonctionner pour une bonne partie de l’année 2017 rien qu’avec des crédits provisoires. C’est une situation inédite dans l’histoire budgétaire de la RDC. La faute, c’est encore une fois aux inextricables tractations politiques qui ont fini par prendre en otage tout un pays.

Dans ces mêmes colonnes, nous avions, au courant de la semaine, fait état de la fonction du Premier ministre qui serait presque « désacralisée ». Nous n’avons pas eu tort.

Le pays va mal. Non seulement il se trouve empêtrer dans une crise politique difficile à dénouer, son économie chancelle – avec elle, ses finances publiques. Pendant trois mois de règne, Samy Badibanga n’y a apporté aucune solution. Bruno Tshibala ne fera pas mieux – les mêmes causes produisant les mêmes effets. Il arrive dans la Primature enrobé dans le même moule que son éphémère prédécesseur.

La descente aux enfers

Dans un contexte de tarissement des recettes publiques, c’est désormais vers la planche à billets de triste mémoire que s’appuie l’État pour financer ses dépenses courantes. Une situation qui est à la base de profondes perturbations sur le plan macro-économique. Sur le marché des changes, le taux de change s’emballe. Sur le marché des biens et services, le taux d’inflation part en flèches, réduisant chaque jour qui passe le maigre pouvoir d’achat de la population.

Bruno Tshibala hérite d’un cadeau empoisonné. Et il est devant un feu rouge. Déjà, sur le plan politique, il peine à faire l’unanimité au sein de l’Opposition qu’il est censée représenter au gouvernement. À Limete, le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement lui a tourné le dos. À l’extérieur, les partenaires l’ont honni. Tshibala est un homme seul, condamné à l’exploit pour inverser la tendance.

Si Bruno Tshibala peut être en mesure de se faire une certaine crédibilité politique au sein de la fronde du Rassemblement qui s’est rangée derrière Joseph Olenghankoy, son mandat restera plomber par l’absence d’un budget de l’État. Or, par principe, le budget de l’État est le reflet de la politique économique du pays. C’est la boussole de l’action publique. En l’absence d’un tel instrument, Bruno Tshibala ne devrait procéder que par les tâtonnements. Entre-temps, avec lui, c’est tout le pays qui va s’enfoncer petit à petit dans l’abime.

 

En 2016, Matata avait tout prédit. Il avait supplié l’Assemblée nationale de lui donner l’occasion de présenter le budget pour éviter un éventuel blocage au niveau du fonctionnement de l’État. Les députés nationaux ne l’ont pas suivi sur cette voie, s’arcboutant sur une logique politicienne qui se révèle aujourd’hui suicidaire pour le pays.

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