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COP 23 : les experts penchent vers l'ingénierie climatique

Écrit par Un.org/LP le . Publié dans Economie

L'ingénierie climatique, ou intervention climatique, est risquée mais doit être explorée comme un complément, et non comme un programme de substitution, à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, pensent les experts à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 23)  qui se tient à Bonn, en Allemagne.

L'ingénierie climatique, également appelée géo-ingénierie, est l'intervention délibérée et à grande échelle dans le système climatique avec des mesures incluant l'élimination du dioxyde de carbone de l'atmosphère ou la gestion du rayonnement solaire.

« Nous pouvons faire beaucoup, nous devons faire beaucoup d'efforts pour réduire nos émissions, mais il restera certaines émissions, surtout dans le secteur de l'utilisation des terres, qui ne vont pas disparaître et nous devons donc inévitablement commencer à discuter de cette élimination des gaz à effet de serre », a déclaré Matthias Honegger, chercheur à l'Institut de recherche sur la durabilité (Institute for advanced sustainability studies), lors d'une conférence de presse.

Différentes approches sont actuellement discutées. Certaines d'entre elles existent déjà, comme la plantation d'arbres. D'autres idées incluent par exemple la dispersion de certains minéraux dans les océans pour améliorer la croissance des algues qui, en coulant au fond des océans, créeraient un flux net de carbone de l'atmosphère vers les océans.

« Le statu quo est inquiétant », a estimé Dr Hugh Hunt, du Département d'ingénierie de l'Université de Cambridge. « Le concept de ne rien faire est plein de dangers. Mais le concept de refroidissement de la planète est également plein de dangers ».

« Nous devons avoir une discussion avec le public, impliquer pleinement la société. Les risques du changement climatique sont énormes, les risques de ne rien faire sont énormes mais les risques de la géo-ingénierie sont aussi énormes. Nous devons explorer ces risques, car qui sait, nous risquons d'entrer dans une situation très risquée, sans la comprendre », a-t-il ajouté. « Les risques de la géo-ingénierie ne sont pas bien compris et doivent être explorés ».

Injection d'aérosols dans la stratosphère

En raison des grandes incertitudes sur l'efficacité et les effets secondaires de l'ingénierie climatique, y compris le risque de perturbation des systèmes naturels, les experts pensent qu'il est nécessaire de discuter de la gouvernance de l'ingénierie climatique, en particulier en ce qui concerne l'injection d'aérosols dans la stratosphère.

Il s'agit d'injecter des aérosols de sulfate dans la stratosphère à l'aide d'aéronefs ou de ballons pour créer un effet mondial de diminution de l'intensité de la lumière.

« Cette technologie est absolument terrifiante. Nous en avons peut-être besoin, mais qui doit décider? C'est là que cette discussion à l'échelle de la société doit avoir lieu », a déclaré Janos Pasztor, directeur exécutif de l'Initiative de gouvernance de la géo-ingénierie climatique à Carnegie (C2G2) et ancien haut-responsable des Nations unies sur le climat. « Cela exigerait un niveau de coopération internationale que nous n'avons encore jamais vu ».

« Qui décidera si nous devrions ou non utiliser l'injection d'aérosols dans la stratosphère et quand cette décision devrait avoir lieu? [...] qui prendra cette décision au nom du monde? Et ensuite, jusqu'où allons-nous tourner le thermostat du système de climatisation mondial [...] pour refroidir la planète? », a-t-il souligné.

Selon lui, « plus vous voulez réduire la température, plus il y a un risque d'impacts négatifs et plus il y a de chances que certains de ces impacts ne soient pas les mêmes dans différentes zones géographiques ». « Vous pourriez vous retrouver dans une situation où certaines personnes bénéficient de la température réduite et d'autres rencontrent des impacts négatifs. Que faites-vous avec ces gens? Comment les dédommagez-vous? Comment prenez-vous soin d'eux? », a-t-il ajouté.

Selon M. Pasztor, la priorité doit rester la réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Mais nous devons considérer ces autres options, comme des suppléments, pas comme programme de substitution », a-t-il averti.

 

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