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Etienne Tshisekedi : la figure emblématique de l’Opposition congolaise

Écrit par LP/JA le . Publié dans Online Dépêches

En quatre décennies, le Sphinx de Limete s’est imposé contre vents et marées comme la figure emblématique de l’opposition congolaise. Retour sur les temps forts d’un parcours politique tumultueux.

 

 

Si certains considéraient le retour en RD Congo d’Étienne Tshisekedi, le 27 juillet 2016, comme un tournant historique à même de pousser le président Kabila au départ, d’autres jugeaient que l’état de santé de l’opposant, qui s’était beaucoup détérioré, ne lui permettrait pas de mener à bien son combat. Ces derniers ont finalement eu raison.

 

Décédé mercredi 1er février à Bruxelles d’une embolie pulmonaire, « Ya Tshitshi » n’a pas pu mener à bien l’ultime bataille politique qui devait clore des années de lutte farouche contre le pouvoir.

 

Les années 1960 : premiers pas en politique aux côtés de Mobutu

 

Avant de tourner le dos à Mobutu Sese Seko, le jeune Tshisekedi a d’abord été étroitement lié à ce dernier. D’abord, membre du gouvernement provisoire mis en place après le coup d’Etat de 1960, Tshisekedi se hisse en 1965 au rang de ministre de l’Intérieur, après le second coup d’État.

 

Alors que Tshisekedi gravit les échelons du pouvoir, le pays ploie sous la chape de plomb du régime de Mobutu, qui impose le Mouvement populaire de la révolution (MPR) comme parti unique. Un affront pour Tshisekedi, qui avait pris part à la rédaction du Manifeste de la N’sele en 1967, acte fondateur du parti national qui prévoyait initialement l’existence de deux partis politiques au Congo.

 

En 1980, Tshisekedi signe ainsi une lettre ouverte avec un groupe de parlementaires condamnant les abus du régime du Maréchal-Président. La rupture est consommée : deux ans plus tard, « Tshitshi » fonde l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), dont les membres sont traqués par les autorités. Son activité au sein de ce parti d’opposition lui vaudra ainsi d’être incarcéré à plusieurs reprises durant cette décennie.

 

Les années 1990 : la valse de l’opposant

 

À l’occasion de la Conférence nationale souveraine (1990-1992) qui instaure finalement le multipartisme, Mobutu consent à nommer Tshisekedi Premier ministre, d’abord pour quelques jours en 1991, puis le 15 août 1992. Au sommet de sa popularité, le chef de l’opposition montre qu’il n’hésite pas à tenir tête au chef de l’État lors de sa prestation de serment, ce qui lui vaudra d’être limogé en février 1993.

 

Même scénario en 1997 : nommé une nouvelle fois Premier ministre alors que les troupes de Laurent-Désiré Kabila envahissent l’Est de la RD Congo, Tshisekedi a pour mission de rétablir la paix dans le pays. Taclant de nouveau un Mobutu vieillissant, il dévoile son gouvernement qui réserve six portefeuilles à l’AFDL de Kabila. Ce dernier, peu impressionné, rejette l’offre d’intégrer l’équipe de Tshisekedi… et l’écarte du gouvernement immédiatement après sa prise de pouvoir en mai 1997. Tshisekedi est ainsi brièvement arrêté un mois plus tard, puis tout bonnement interdit d’exercer son activité politique en 1998.

 

Les années 2000 : président envers et contre tous  

 

En 2003, deux ans après l’assassinat du Mzee, Tshisekedi reste inflexible face au fils de l’ancien président, Joseph Kabila, qui s’est glissé dans les habits du pouvoir au lendemain de la mort de son père. Sans doute lassé, aussi, de jouer un rôle de ministre putatif, il refuse d’intégrer le gouvernement de transition et demeure à la tête de l’opposition chapeautée par l’UDPS, qui suscite régulièrement des mobilisations pacifiques depuis 1997. En 2006, ce mouvement appelle, en vain, au boycott de la première élection présidentielle multipartite du pays fraîchement doté d’une nouvelle Constitution.

 

En 2010, Tshisekedi reprend du poil de la bête. Après un exil médical de trois ans, il décide d’entrer dans la course du scrutin présidentiel de 2011 contre Joseph Kabila. Arrivé deuxième, il conteste le scrutin qu’il juge « truffé d’irrégularités » et s’autoproclame président de la République démocratique du Congo…

 

2016 – 2017 : le retour du Sphinx

 

Contraint de s’écarter malgré des tentatives de négociations, Tshisekedi refuse néanmoins de s’avouer vaincu et conserve son aura auprès de ses partisans, même lorsqu’il quitte Kinshasa pour Bruxelles le 16 août 2014, suite à un malaise. Après avoir annoncé son retour plusieurs fois en 2016, le 27 juillet dernier, « Ya Tshitshi » rentre enfin au pays : dans les rues de Kinshasa, des dizaines de milliers de personnes, dont des militants de l’UDPS mais aussi des partisans d’autres partis, accompagnent son cortège.

 

Dimanche 30 juillet, Tshisekedi galvanise à nouveau les foules lors d’un meeting où il donne son préavis au président Kabila : « Le 20 décembre, la maison doit être libre », lance-t-il. Sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo, il acceptera finalement de participer à des discussions directes avec le régime, débouchant sur l’accord politique du 31 décembre. Tshisekedi est alors désigné président du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), chargé notamment de surveiller le bon déroulement du processus électoral en cours, la présidentielle étant reportée à la fin de l’année. Mais, évacué en urgence à Bruxelles le 24 janvier, il décédera une semaine après, avant même d’avoir été investi dans ses nouvelles fonctions.

 

 

 

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